Sivens: les chiffres qui montrent une justice à deux vitesses

 

Le 26 octobre 2017, Médiapart a publié cet article
de Donatien Huet et Louise Fessard

 

Sivens: les chiffres qui montrent
une justice à deux vitesses

 

Trois ans après la mort du militant écologiste Rémi Fraisse, aucun gendarme n’a été poursuivi. La quasi-intégralité des plaintes déposées par les opposants au barrage ont été classées sans suite, alors que des dizaines d’entre eux ont été condamnés.

 

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Les réactions

Avatar JOEL AT

et encore ... toujours la même chose :

http://www.liberation.fr/tribune/1999/02/17/le-sac-du-ministere-de-l-environnement-n-est-pas-une-action-de-paysans-desesperes-une-jacquerie-tres_265157

février 1999 :
Le coup d'éclat du commando contre le ministère de l'Environnement
et l'écho considérable qu'il a suscité dans la presse pourraient laisser croire que les agriculteurs manifestent exclusivement par la violence. Pourtant, leurs violences sont devenues relativement exceptionnelles. En effet, si l'on prend la peine de regarder de près les mobilisations paysannes survenues sous la Ve République, on constate qu'elles se sont nettement modérées. Il n'est qu'à penser à la crise que traverse depuis plusieurs mois le secteur porcin: les actions des agriculteurs bretons, réputées, à juste titre, parmi les plus dures, sont restées bon enfant, alors que le prix du porc a atteint son plus bas niveau historique. A l'occasion d'une crise pourtant moins forte, en 1984, la sous-préfecture de Brest avait été littéralement pulvérisée. Quant aux violences des années 1960, c'étaient des milliers de personnes qu'elles mobilisaient et pas seulement des commandos de 200 individus. Cette tendance à la pacification s'est produite sous le double effet des mutations sociologiques du monde agricole et du contrôle croissant exercé par les états-majors syndicaux sur les manifestants. Comprenant que le recours à la violence devenait contre-productif pour un monde agricole minoritaire dans une société qui condamne ces excès, les dirigeants syndicaux tendent à la proscrire. Certains ont trouvé un peu molle la réaction du président de la FNSEA, Luc Guyau, et auraient souhaité l'entendre clairement condamner ces violences. Néanmoins, la déclaration du principal responsable agricole a le mérite d'exister. Souvenons-nous, en effet, que les réactions de dirigeants qui suivaient ce type de violences, dans les années 1960, contribuaient plutôt à les légitimer, en insistant sur le «désespoir» des paysans.
A l'heure où la pratique de la cogestion a donné aux responsables agricoles des moyens efficaces de pression sur les pouvoirs publics qui permettent, le plus souvent, de faire l'économie d'une action de rue, le commando des céréaliers du bassin parisien et du Centre apparaît surprenant, notamment parce que les intérêts de ces gros agriculteurs ont été depuis toujours les mieux représentés. Au regard des caractéristiques sociologiques de ces agriculteurs, il semble évident que l'on ne se trouve pas face à une violence de désespérés, mais bien plutôt à une violence calculée, opérée sciemment, instrumentalisée en somme: certains agriculteurs ne résistent pas à la tentation de renouer avec les méthodes qui ont fait florès pendant si longtemps et ne prisent guère la ligne modérée des états-majors nationaux. Il subsiste un courant non républicain au sein du monde agricole, représenté par le mouvement dorgériste dans les années 1930, puis 1950, en alliance avec les poujadistes, et dont la Coordination rurale s'est fait à nouveau le porte-drapeau au début des années 1990. Bien que les tentatives de blocus de Paris par la Coordination rurale, en 1992, puis 1993, se soient caractérisées par une certaine retenue, en comparaison des campagnes bruyantes de Dorgères, elles n'en témoignaient pas moins de la permanence de partisans du rapport de forces sur le terrain. Les fédérations syndicales du Bassin parisien et du Centre, n'appartiennent pas formellement à la Coordination rurale, mais elles en sont très proches.
Le choix du ministère de l'Environnement comme cible du commando s'explique alors. En prônant un développement durable du territoire avec la mise en place d'une agriculture moins agressive à l'égard de l'environnement, le ministère rompt avec le productivisme. C'est le sens du projet de taxation des activités polluantes préparé par Dominique Voynet, destiné à limiter la consommation d'insecticides, fongicides, engrais, etc. Or, ce projet arrive en même temps que la réforme européenne qui prévoit de diminuer assez drastiquement les prix agricoles. Les agriculteurs sont ainsi en passe de voir ressurgir l'Etat-taxeur et disparaître l'Etat protecteur qui subventionnait largement les prix agricoles. L'action commando de ces agriculteurs est donc symptomatique de leur rapport ambigu au politique, eux qui trouvent insupportable toute interférence de l'Etat sur leur expansion, mais qui applaudissent des deux mains les subventions. A cela s'ajoutent des considérations plus politiques: une haine de la gauche, un refus des femmes aux postes à responsabilité, surtout en politique, quand ce n'est pas un racisme larvé qui s'exprime dès que l'occasion se présente, ainsi que l'attestent certains propos tenus lors de l'investissement du ministère de l'Environnement.
Les pouvoirs publics ont longtemps fait preuve d'un certain laxisme vis-à-vis des violences paysannes. La mise en examen de quinze agriculteurs marque un tournant, une politique de fermeté face au risque de résurgence d'un dorgérisme dont les liens avec l'extrême droite pourraient se raffermir à l'avenir.
Nathalie Duclos est maître de conférences en sciences politiques à l'université Rennes II. Dernier ouvrage paru: «Les Violences paysannes sous la Ve République», (Economica, 1998)
 

Le 07-11-2017 à 19:40:09

Avatar christian despaux

deux vitesses ceux qui sont du cote du pouvoir avec toutes les malversations et de l autre les opprimes "les coeurs purs" de jean roger caussimon

Le 12-11-2017 à 10:42:18

Avatar Hélène Cattelain

Dans cette tragédie, qui reste malheureusement dans l'ombre de l'actualité, il me parait très important de ne pas oublier de citer la responsabilité du politique (le président de département) et de l'état (le préfet) avec celle du gendarme.
Rémy militait et manifestait  sur le site du barrage de Sivens en octobre 2014 contre une verticalité arrogante qui se retrouve à tous les échelons des petites et grosses machines institutionnelles, économiques et politiques. 
Une verticalité de cour et de pouvoir liée à la déliquescence du souci de l’autre, du respect de l’autre, de l’ambition collective au profit de la défense de petits près carrés et ambitions personnelles (politiques?). 
Plus prosaïquement pour certains, sauver leurs postes. 

Refuser cette verticalité en cherchant d’autres modes de vie, de penser, de voir  et construire le monde, plus respectueux, c’était certainement cela que cherchait Rémi Fraisse, comme beaucoup de jeunes de sa génération.
Il en est mort le 26 octobre 2014 à l’âge de 21 ans

Depuis cette mort et face à cette mort, toujours la même arrogante verticalité de cette grosse machine institutionnelle et politique. 
Avec Rémi Fraisse c’est pourtant une grande part de la dignité et de la crédibilité politique qui est morte sur ce territoire. 
Quelle répercution dans les urnes peut nous renvoyer la jeunesse de Rémi Fraisse face à l’irresponsabilité des institutions et politiques avant et après cette tragédie?













  

Le 13-11-2017 à 15:12:53

Avatar halais michel

Selon mon expérience suite à un décès en hopital psychiatrique , il ne faut pas attendre autre chose , en matière de justice , dès que l'on s'en prend à des dirigeants , que de se battre , en ayant toutes les preuves de bon sens et bien informé techniquement , pour espérer en fin de compte , malgré les évidentes mauvaises foi dénoncées , et des gens remis en cause  et de leurs experts légistes venus les défendre , avoir une prise en compte partielle , clairement pour ne pas "charger la mule" , même si la responsabilité et la culpabilité  ne sont que de bon sens basiques clairement établis dans les textes , et clairs . Il faut être prêt à tout dans ce genre d'affaire et surtout aux profondes mauvaises foi , presque du juge . Et rendre public le maximum d'éléments .

Le 13-11-2017 à 18:58:13

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