Sivens : projet de territoire du Tescou – l’électeur de Lisle-sur-Tarn a le droit de savoir

L' association Lisle Environnement nous fait parvenir le présent article d'éclaircissement sur les déclarations publiques de Mme LHERM, Maire de Lisle-sur-Tarn.

 

Transcription de l’interview de Madame LHERM, Maire de Lisle-sur-Tarn, sur R d’autant du 20 février 2020

(Lien pour l’écouter, à partir de 9 min 20 secondes).

 

« Je mène le projet de territoire de la retenue d’eau de Sivens. Nous avons aujourd’hui toutes les études qui sont abouties. Nous sommes à un point d’étape puisque Il a été acté, en consensus, le fait de faire un ouvrage sur le Tescou amont et nous sommes en train d’affiner donc les volumes et donc les besoins en eau de la vallée. Ce qu’il y a, c’est qu’il y a urgence à faire quelque chose, parce que nous avons une enquête socio-économique qui nous révèle, mais on le savait, que la vallée du Tescou est une vallée très pauvre où les petites unités familiales sont en très grande difficulté. Le projet de territoire va pouvoir continuer.  C’est le secteur le plus pauvre du Tarn sachant que le Tarn n’est pas un département qui  présente un niveau de vie des exploitations extraordinaire donc on a urgence à agir et pour agir il faut amener de l’eau dans la vallée.»

 

Concernant la première phrase : « Je mène le projet de territoire de la retenue d’eau de Sivens »

 

Première remarque : Pour Mme LHERM le Projet de Territoire pour le Bassin du Tescou (PTBVT) se résume à une retenue (de type barrage à Sivens ?). Pourtant pendant 3 ans de travail les acteurs du projet de territoire ont défini des actions qui portent sur l’ensemble du bassin du Tescou et qui comportent :

·         un volet de transition agro-écologique,

·         un volet sécurisation des revenus des agriculteurs par le développement de circuits de proximité et notamment d’approvisionnement des cantines collectives,

·         des économies d’eau par :

o   des changements de pratiques redonnant de la vie dans les sols et permettant une plus grande capacité des sols à stocker de l’eau à la parcelle, par l’augmentation du taux de matière organique associé à l’obligation de réduire les pesticides. Cela aura pour résultat de pouvoir supprimer les besoins d’irriguer certaines cultures et de les réduire pour d’autres.

o   Des changements de pratiques, permettant à l’eau de pluie de s’infiltrer au niveau des parcelles, d’être stockée dans des sols vivants et d’alimenter la nappe, réduisant ainsi l’érosion des sols, les risques de crues et d’incendie.

o    des systèmes d’irrigation économes,

·         une valorisation et une optimisation de l’utilisation des 221 retenues d’eau stockant déjà autour de 5 millions de m3 d’eau.

 

Concernant la deuxième phrase : « Il a été acté, en consensus, le fait de faire un ouvrage sur le Tescou amont..»

 

Deuxième remarque : Pour Mme LHERM l’ouvrage se fera sur « Tescou amont ». Pour que le lecteur comprenne : dans les études menées, la dénomination « Tescou amont » signifie en langage politique barrage à Sivens. Ceci n’a pas été acté. Ce qui a été acté, au consentement, parmi d’autres mesures, c’est « La création d’un ouvrage sur le haut bassin du Tescou ». Or, le « haut bassin du Tescou » a été défini comme la portion de rivière allant de la source à la confluence du Tescounet, soit une portion de 40 km. Le diable se cache dans les détails.

 

 Concernant la troisième phrase : « … nous avons une enquête socio-économique qui nous révèle, mais on le savait, que la vallée du Tescou est une vallée très pauvre où les petites unités familiales sont en très grande difficulté. »

 

Troisième remarque: effectivement, une étude socio-économique est en cours qui est apparue en seule commission « eau » noyée dans l’enquête des exploitations agricoles pour définir les besoins agricoles et qui n’a fait l’objet d’aucune discussion de la part des acteurs qui ne sont pas à cette commission. Mais les objectifs et la méthodologie de cette étude  n’ont été présentés que le 11 février. Ses résultats seront présentés aux acteurs le 30 mars. Ainsi donc Mme LHERM connaît les résultats de l’étude avant qu’elle soit terminée.

 

Concernant la quatrième phrase : « C’est le secteur le plus pauvre du Tarn sachant que le Tarn n’est pas un département qui  présente un niveau de vie des exploitations extraordinaire donc on a urgence à agir et pour agir il faut amener de l’eau dans la vallée. « 

 

Quatrième remarque : on pourrait sinterroger sur le réel objectif de cette étude, dont les résultats sont connus d’avance. Sans nier l’intérêt d’une étude comparative des éléments comptables entre les exploitations du Tescou et celles des alentours, on ne saurait conclure, par ces seules données, à la pauvreté de la vallée et encore moins due à un manque d’eau.

D’une part parce que les foyers des exploitations examinées peuvent avoir des revenus annexes, comme l’a montré l’enquête sur les besoins agricoles menée fin 2019. D’autre part, pour nous, à travers le projet de territoire, il s'agit de savoir comment on peut améliorer les revenus des agriculteurs les plus bas en corrélation avec les attentes des consommateurs.

Or,  l’eau n’est pas un facteur déterminant. Dans la vallée, les études menées au sein du projet de territoire indiquent qu’il y a un volume d’eau stocké total  5,5 millions de m3 dans 221 retenues (dont 3,9 millions de m3 dans 31 retenues de plus de 40.000 m3) et il a été identifié un volume total, non utilisé, de 100.000 m3 valorisables pour réalimenter le Tescou sur sa partie non réalimentée en aval de Montgaillard. Alors que les besoins bruts évalués dans la fourchette haute du scénario agricole intermédiaire de l’étude sur les besoins menés en fin d’année 2019 sont évalués à 2.900.000 m3, on se rend compte qu’il ne manque pas d’eau stockée sur la vallée.

Sur la partie réalimentée du Tescou et sur les coteaux, il y a plus de ressources disponibles que prélevées

Par conséquent on voit bien là, que le revenu des exploitations est certainement moins lié à l'accès à plus d'eau qu'à une meilleure valorisation de leur production. C'est d'ailleurs ce que démontre très clairement l'étude sur les besoins en eau.

 

Mme LHERM semble ignorer toutes ces données qui sont ressorties des études menées.

Ignorance ou positionnement électoral ?

 

Dernière remarque : Il y a aussi très probablement un facteur plus global qui explique les faibles résultats des exploitations agricoles : les aides de la PAC favorisent les grandes surfaces et l’agrandissement des exploitations et non l’emploi et les petites exploitations. Or, le Tescou est constitué d’exploitations relativement petites ; la moyenne se situant en dessous de 50 ha. C’est probablement pour cela que les foyers des exploitations familiales se sont adaptées en développant des activités annexes (gîtes, vente de bois, activité salariés temporaire, panneaux photovoltaïques, etc..) leur permettant de vivre sur de petites surfaces. Il sera essentiel à l’avenir pour maintenir un tissu agricole et rural diversifié et vivant, de stopper la perte de nombreux agriculteurs dans le bassin versant du Tescou.



Les réactions

Avatar TRUC

si c'est pour du maïs inutile....

Le 09-03-2020 à 07:38:26

Avatar Françoise Clerc

Je croyais que le projet de barrage à Sivens était enterré. Comment se fait-il qu'il ressurgisse quasiment dans les mêmes termes ? 

Le 09-03-2020 à 09:06:13

Avatar Bernard Charavin

Mme Lherm, où comment utiliser des arguments fallacieux pour amener de l'eau... à son moulin électoral.

Le 09-03-2020 à 10:21:27

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