Face aux sécheresses, changer de modèle agricole Olivier Hébrard Le Monde du 31 août 2020

L'article suivant, d'Olivier HEBRARD, paru dans le journal "Le Monde" du 31 août 2020 montre pleinement la pertinence du scénario "agroécologie et ressources en eau" proposé aux acteurs du projet de territoire du Tescou.

 

 

"Le développement de l’agroécologie paysanne et de la permaculture pourrait permettre de déployer en France une agriculture durable et résiliente, affirme le chercheur Année après année, la fréquence et la sévérité des sécheresses progressent sur nos territoires, conséquences des changements climatiques en cours.

 

En première ligne, le monde agricole souffre tout particulièrement de la récurrence des températures extrêmes, de leur persistance et des longues périodes sans pluie. Le modèle agricole français actuel reste largement dominé par l’agriculture dite conventionnelle, reposant en partie sur la chimie et bien trop souvent sur une mauvaise gestion des sols, de la biodiversité et de l’eau.

Là où ce modèle parvenait à franchir tant bien que mal les sécheresses estivales il y a encore quelques dizaines d’années, avec leur récurrence et leur persistance, il montre à présent clairement ses limites.

Les sols travaillés en profondeur, les engrais minéraux et les pesticides chimiques sont autant de facteurs qui, année après année, fragilisent les sols et leur enlèvent leur aptitude à retenir et stocker les eaux en période de pluies, puis en période sèche, à les redistribuer progressivement aux plantes, aux aquifères profonds, aux sources et aux cours d’eau.

Ainsi, lors des principaux événements pluvieux, ces sols dégradés génèrent plus facilement des inondations. A l’inverse, n’ayant pas pu correctement retenir et stocker les eaux lors des périodes de pluies, ces sols nécessitent alors rapidement une irrigation conséquente.

De surcroît, les prélèvements d’eau agricole s’effectuent souvent dans des nappes et des cours d’eau eux-mêmes mal rechargés pendant les périodes hivernales en raison de cette mauvaise gestion globale des sols, ce qui ne fait qu’accentuer leurs faibles niveaux d’étiage.

 

C’est notamment dans ce contexte global que les demandes de création de retenues d’eau se multiplient.

Si parfois elles s’avèrent fondées et légitimes, bien souvent elles visent à répondre aux besoins en eau d’un système agricole devenu obsolète.

L’arrosage massif de grandes surfaces de maïs, destinées à alimenter du bétail qui, normalement, devrait se nourrir à l’herbe, en est un exemple criant.

Le projet de barrage de Sivens, dans le Tarn, est un des cas les plus médiatisés de débats portant sur les liens entre ressource en eau et choix du modèle agricole global.

 

Respect du vivant

A la lumière des erreurs passées et actuelles, nous savons aujourd’hui que d’autres modèles agricoles et alimentaires sont possibles, mais aussi que le consommateur, qui se trouve en bout de chaîne, représente un vrai levier.

Si celui-ci choisit par exemple de consommer moins de viande mais de meilleure qualité, telle que celle issue de vaches nourries à l’herbe et certifiées en agriculture biologique, et dans la mesure du possible selon un approvisionnement en circuits courts, les effets positifs sur les milieux seront notables.

Que ce soit par la recherche agronomique ou sur le terrain à travers les démonstrations de plus en plus nombreuses d’agriculteurs et de gestionnaires d’espaces naturels, les exemples se multiplient quant à la capacité de l’agroécologie paysanne et de la permaculture à nourrir sainement les territoires tout en améliorant les milieux et les rendant plus résistants face aux aléas climatiques.

L’agroécologie paysanne et la permaculture, deux disciplines très proches l’une de l’autre, ont comme principal fondement le respect du vivant dans son intégralité et une véritable vision globale.

 

A titre d’exemple, dans le Gard, au monastère orthodoxe de Solan, des sœurs tâchent de suivre, depuis bientôt trente ans, les préceptes de l’agroécologie paysanne pour gérer leur domaine agricole de 60 hectares. Sur ce site classé Natura 2000, elles vont aujourd’hui bien au-delà du cahier des charges de l’agriculture biologique : il n’y a presque plus de sols nus et ces derniers ont été très significativement améliorés par différentes techniques (limitation du travail du sol, composts, paillages…), les parcelles restent de petites dimensions et sont intégrées dans une mosaïque forestière de manière à favoriser les interactions entre les milieux naturels et les parcelles agricoles.

Alors que la majorité des petits cours d’eau des secteurs agricoles de leur région s’assèchent l’été, le petit ruisseau qui est situé quasi intégralement sur leur domaine a montré, lors de précédentes sécheresses, un débit de plus de 0,2 litre par seconde après plus de sept mois sans pluie, ce qui est considérable pour la surface drainée (36 ha).

La permanence de ces écoulements ainsi que la qualité des eaux de ce ruisseau sont le fruit de la bienveillance permanente des sœurs et du panel des bonnes pratiques qu’elles mettent en place depuis des années.

Ce mode de gestion de leur domaine est validé par la présence d’un des meilleurs indicateurs de la qualité des cours d’eau et de l’environnement, l’écrevisse à pattes blanches. Si force est de constater que les effets des changements climatiques se font aujourd’hui bel et bien sentir, des exemples de plus en plus nombreux montrent toutefois que le choix du modèle agricole peut permettre de significativement en amortir les conséquences.

 

L’agroécologie paysanne et la permaculture sont à même de permettre une meilleure gestion des aléas climatiques, tout en améliorant les milieux et en parvenant à satisfaire leur premier objectif qui est celui de nourrir quantitativement et sainement les humains. Il appartient dès lors aux consommateurs, mais aussi aux décideurs et aux agriculteurs, de choisir collectivement le modèle agricole et alimentaire le plus durable et résilient.

 

Olivier Hébrard est docteur ès sciences, membre du pôle expertise de l’association Terre & Humanisme qui soutient une « agriculture écologique, humaine et solidaire inspirée de Pierre Rabhi»"



Les réactions

Avatar Laurent DENISE

bonjour,

c'est vraiment dommage que vous ne teniez pas compte des travaux de l'IRSTEA (maintenant INRAE) :
« Hormis les activités humaines, d’autres importantes inexactitudes existent sur ces représentations, poursuit Gilles Pinay. Notamment, la plupart des pluies que l’on reçoit sur Terre ne vient pas directement de la mer, comme le laissent croire les représentations actuelles. Les deux-tiers sont en fait dues à de l’évapotranspiration par les plantes et les sols, ce qui génère de la vapeur qui est poussée par le vent vers d’autres bassins versants où l’eau retombe. Il est important de comprendre que l’eau pompée par les arbres n’est pas « perdue » mais en partie redistribuée. Cela peut avoir une influence sur la manière dont sont appréhendés les enjeux d’utilisation des terres ».

Le bilan hydrique de la végétation est toujours positif, mais il est proportionnel : moins vos plantes vont évaporer d'eau moins vous aurez de pluie … On a besoin de pluie régulière l'été donc il faut une végétation vivante et massive l'été sur un maximum de surfaces (villes et campagnes) .Présenté comme cela, l'irrigation n'est plus un problème mais devient la solution, quand vous donnez 2 litres d'eau à une plante vous en récupérez 3 sous formes de pluie, vous évacuez la chaleur et vous pompez du carbone ... exactement ce dont nous avons besoin ...

je suis en contact avec Konrad SCHREIBER : sol nu sol foutu :  https://www.youtube.com/watch?v=8IvlcrmA4LA

L'eau n'a JAMAIS été un problème agricole, vous avez été manipulé par la mafia de l'eau !
http://pasdeclimatsanseau.unblog.fr/2020/09/27/50cm-de-neige-fin-septembre-dans-les-pyrenees-et-on-nous-avait-promis-10c-de-rechauffement-climatique/
 

Le 28-09-2020 à 08:16:34

Avatar Louis Coubes

arrêtons de fantasmer sur cette sècheresse. D'aprés les observateurs sérieux, elle se manifesterait dans le nord est de la France. Dans le sud ouest en général et le bassin du Tarn en particulier, elle ne serait pas particulièrementr excessive : l'observation des piézompètres du nréseau ADES, Saint Porquier, Bioule et Rabastens, en cette fin août, montre qu'il reste encore pas mal de réserves dans les nappes alluviales.
on peut rappeller à cette occasion que les nappes aquifères constituent des ressources naturelles et obtenues gratuitement, mais à consomer avec modération.

Le 29-09-2020 à 16:09:49

Avatar Annie JAM

Je reste persuadée que ce qui est dit dans cet article est primordial pour lutter contre le réchauffement climatique mais aussi contre tous les préjugés de l'agricoluture intensive.
Changeons de cap tant que cela est encore possible.
Merci

Le 30-09-2020 à 15:03:06

Réagir