Convocation du gendarme : c’est un lampiste qui risque de payer à la place des irresponsables politiques

Lisle sur Tarn, 18 mars 2016

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

 

Convocation du gendarme qui a lancé la grenade sur Rémi Fraisse :

c’est un lampiste qui risque de payer à la place des irresponsables politiques

 

Le gendarme qui a lancé la grenade offensive qui a tué Rémi Fraisse le 26 octobre 2014 a été placé sous le statut de témoin assisté par les juges de Toulouse en charge de l’enquête judiciaire. Ces dernières ont requalifié l'information judiciaire en « homicide involontaire ». C’est une étape importante dans cette enquête qui est loin d’être terminée.

 

Mais il est inacceptable que les juges ne veuillent toujours pas orienter l’enquête vers les responsabilités politiques et même seulement vers la chaîne de commandement. En effet, le gendarme convoqué aujourd’hui chez les juges n’est qu’un exécutant. Les vrais responsables de la mort de Rémi Fraisse sont ceux qui ont donné les ordres.

 

Qui a pris la décision de maintenir les gendarmes cette nuit-là alors qu’il n’y avait rien à protéger ?

 

Plusieurs prétextes ont été présentés par le gouvernement pour tenter de justifier la présence des gendarmes et l’usage de la force cette nuit-là : « il fallait reprendre le chantier le lundi matin », il y avait un « risque d’une contre-manifestation des agriculteurs*  »… Comme le Collectif l’a démontré**, aucun d’entre eux ne tient. D’ailleurs, le préfet du Tarn a déclaré, dans la Dépêche du Midi le 9/11/2014, à propos du maintien « le samedi soir des forces de l'ordre sur le site » que « A posteriori, bien sûr que ce n'était pas une bonne décision ». Mais on ne sait toujours pas QUI a réellement pris cette décision. Le préfet du Tarn ? Le ministre de l’Intérieur ? Le Premier ministre Manuel Valls qui avait promis à la FNSEA qu’il tiendrait bon à Sivens ? On n’en saurait peut-être un peu plus si les juges revenaient sur leur refus d’auditionner le préfet du Tarn...

 

Qui a autorisé l’usage des grenades offensives alors que les gendarmes n’étaient pas gravement menacés ?

 

Un article dans Le Monde (24/10/2015) met à mal la version officielle sur l’état de danger dans lequel les gendarmes se seraient retrouvés pour justifier l’usage des grenades offensives. En effet, dans son rapport du 02/12/2014, l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) indiquait : A 00h49 (été), considérant l'escalade des moyens employés par les opposants (cailloux puis cocktails incendiaires, fusées de détresse en tir tendu), le commandant du GTG [NB : groupement tactique gendarmerie] donne l'ordre de tirer les premières grenades lacrymogènes.

 

Sur la base du retour de commission rogatoire déposé en mars par l’IGGN, Le Monde nous informe un an plus tard que « Lors de l’audition du responsable de la cellule image de l’escadron, chargé de filmer les événements, l’enquêteur s’étonne d’ailleurs : « Nous ne voyons pas de cocktails Molotov sur les vidéos. » ». Et le quotidien précise ensuite « En réalité, il y a bien eu des jets de bouteilles enflammées, mais peu et loin des militaires. ».

 

Toujours selon Le Monde, « A 1 heure du matin, quand le commandant de gendarmerie mobile autorise l’usage de grenades offensives, il précise étrangement au centre opérationnel : « Terrain tenu, pas de gros soucis. » ». Là aussi, énorme contradiction avec la version officielle dans le rapport de l’IGGN de 2014 : « A 01h03 (été), sous la menace des projectiles divers lancés sur les GM, conformément à la doctrine du M.O prescrivant le maintien à distance des manifestants hostiles, il [NB : le commandant du GTG ] ordonne l'usage des grenades F4 (mixtes lacrymogènes/ effet de souffle) et offensives (effet de souffle). Cette nuit là, l'EGM 28/2 tire 237 grenades lacrymogènes, 41 balles de défense, 38 grenades F4 et lance 23 grenades offensives. »

 

Pourquoi, s’il n’y avait pas de « gros soucis », avoir ordonné l’usage des grenades offensives en pleine nuit ? Quelles étaient les consignes données au commandant du GTG et par qui ?

 

Le Collectif Testet espère donc que l’enquête judiciaire ne va pas s’arrêter à la désignation d’un lampiste qui paierait pour les irresponsables politiques qui étaient à la manœuvre. Un mois après la mort de Rémi Fraisse, François HOLLANDE avait promis « que toute la vérité serait faite pour connaître les circonstances de cette tragédie ». Il est donc temps que les juges s’intéressent enfin à toute la chaîne de commandement qui a abouti à l’envoi de la grenade qui a tué le jeune militant écologiste, y compris les consignes données par des membres du gouvernement.

 

* Audition de Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, par la Commission d’enquête parlementaire le 3 février 2015.

 

**Voir Epilogue de « Sivens, un barrage contre la démocratie », Ben Lefetey, Ed. Les petits matins.

 

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Concernant l'autre procédure judiciaire en cours, suite à la plainte d'Elsa Moulin qui a été gravement blessée à la main par une grenade de désencerclement lancée dans une caravane par un gendarme du PSIG d'Albi, la procédure avance enfin. Elsa a été auditionnée récemment par les juges, on peut imaginer que ce sera le cas pour le gendarme du PSIG bientôt.

 

Médiapart et Le Parisien ont rappelé cette affaire ces derniers jours :

 

Médiapart le 19/03/16 (A Sivens, la bavure oubliée d'un gendarme) :

 

Personne n'a oublié la mort de Rémi Fraisse, ce militant écologiste tué le 26 octobre 2014 par une grenade lancée par un gendarme lors des manifestations contre le projet de barrage de Sivens, dans le Tarn. Comme le raconte Le Parisien, une autre bavure, survenue trois semaines plus tôt à Sivens, est passée sous les radars des médias. Il s'agit du cas d'Elsa Moulin. Cette jeune étudiante a été gravement blessée à la main après qu'un gendarme a lancé une grenade de désencerclement (qui projette des billes en caoutchouc) dans sa caravane, installée sur le site de la ZAD (zone à défendre). « On ne balance pas ce type de grenades dans un lieu fermé. C'est une pure folie. On ne mène pas sa guerre personnelle », fustige un officier au maintien de l'ordre. Si le gendarme a été sanctionné par sa hiérarchie suite à un rapport interne sévère, la jeune femme se bat désormais devant la justice. A ce stade, le sous-officier qui a jeté la grenade n'a pas été mis en examen.

 

 



Les réactions

Avatar Bernard Charavin

Quels que soient les domaines d'activité, maintien de l'ordre, entreprise, organisation de loisirs, politique, etc., la responsabilité première incombe à leurs dirigeants respectifs au plus haut niveau, même s'il y a eu manquement dans la chaîne.

Le 28-03-2016 à 16:42:19

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