Forces de l’ordre : pourquoi tant de grenades ?

Le 12 septembre 2017, les parents et la sœur de Rémi Fraisse, des membres de la famille de Vital Michalon (tué par une grenade offensive lors de la manifestation de Creys-Malville  le 31 juillet 1977) et Robin Pagès (blessé par une grenade à Bure en août 2017) ont signé cette tribune :

 

Forces de l’ordre : pourquoi tant de grenades ?

 

Le gouvernement a lancé une commande publique de 1,2 million de grenades pour les forces de l’ordre, alors que leur usage est plus que contestable : blessures graves, mutilations, sans parler du décès de Rémi Fraisse.

Le 5 août, le gouvernement publiait dans le Bulletin officiel un appel d’offres pour l’achat de plus de un million de grenades destinées au maintien de l’ordre.

Le mardi 15 août suivant, plusieurs personnes – parmi le millier qui était venu affirmer son opposition au projet d’enfouissement de déchets nucléaires de Bure – étaient grièvement blessées lors de la manifestation. L’une de ces personnes, en dépit des multiples opérations chirurgicales qu’elle a subies, risque toujours l’amputation de plusieurs orteils des suites de l’explosion d’une GLI-F4, aussi euphémisée sous le nom de «grenade assourdissante».

La proximité de ces deux dates, et les questions qu’elle pose quant au maintien de l’ordre à la française, explique peut-être la discrétion du gouvernement et des autorités policières suite à la répression exercée le 15 août.

Robin et ses compagnons d’infortune ne viennent pas seulement s’ajouter à la sinistre liste des blessés graves, des mutilés à vie et des morts dont se rendent responsables régulièrement les forces de l’ordre. Ils comptent aussi parmi les témoins d’un système répressif qui spécule sur l’efficacité de la terreur qu’inspirent ses armes.

A cet égard, nous savons désormais d’expérience qu’aucune enquête ne viendra établir la responsabilité des forces de l’ordre. Pourtant, une fois encore, le réquisitoire porté par ceux qui étaient sur le terrain est sans appel. On rapporte un usage désordonné de grenades en fin de manifestation : explosions à répétition à hauteur de visage et jets d’engins explosifs alors même que les manifestants refluaient.

Tout ceci contrevient, selon les critères définis par les autorités elles-mêmes, au cadre légal d’emploi de ce matériel de guerre.

En particulier la GLI-F4, réputée mortelle du propre aveu de la police et de la gendarmerie (1), est censée être soumise à un protocole très strict. Celui-ci s’était même durci en échange du refus exposé par Bernard Cazeneuve d’interdire la GLI-F4 simultanément à la grenade offensive (OF-F1) responsable de la mort de Rémi Fraisse, le 24 octobre 2014 à Sivens.

Cependant, entre les procédures de papier et la décontraction lugubre dont font preuve les forces de l’ordre en action, il y a un hiatus irréductible. Tant elles paraissent faire partie intégrante d’une stratégie générale, on n’ose plus dénoncer comme excessives ces pratiques qui visent sciemment à blesser et à mutiler par-delà toute justification audible.

Comment la France peut-elle être «le seul pays européen à utiliser des munitions explosives en opérations de maintien de l’ordre (1)» ?

Cette militarisation constante, renforcée depuis l’état d’urgence, indiquerait-elle que nous sommes dans un pays où tout opposant sérieux est immédiatement traité en ennemi intérieur ?

Au fond, quelle est la véritable fonction de cet arsenal ? Entre guerre psychologique et souveraineté décomplexée, un usage de la force publique tel qu’on l’a vu se déployer le 15 août à Bure appelle une réaction déterminée, une réaction de tous.

La violence étatique, lorsqu’elle produit ses ravages sans susciter d’émoi collectif, constitue chacun de nous en mutilé potentiel, en mutilé préalable, en mutilé social.

C’est pourquoi nous appelons dès aujourd’hui à l’interdiction de la GLI-F4 et à la suppression de toutes les munitions explosives. Puisque les réserves se sont vidées lors du dernier quinquennat, qu’elles le restent à l’avenir.

Premiers signataires : Robin Pagès, les parents et la sœur de Rémi Fraisse, Emmanuelle Michallon, Franck Michallon, Clair et Brigitte Michallon, la famille et les amis de Robin.

(1) Rapport «l’Ordre et la Force», Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat), 2016.



Les réactions

Avatar Imelda & Pierre GAUDISSART

C'est une histoire vraiment tragique et honteuse pour l'ordre public. Ceci à l'encontre de personnes dont le seul souci  au cours des manifestations était la préservation nécessaire d'un environnement naturel indispensable au maintien de certains équilibres. Puisse justice être faite au nom du respect et de l'honneur du pays.

Le 29-10-2017 à 21:04:32

Avatar Edmond Dobryk

1977 Construction de superphénix ... 2017 toujours en cours de démolition. Le prix d'une vie et combien de milliard dépensé pour cette lubie mégalomaniaque, messieurs.

Le 30-10-2017 à 06:32:45

Avatar Claire Girou

Solidairement,

Le 30-10-2017 à 08:19:38

Avatar Bernard Charavin

Scandaleux et révoltant ! Je m'associe totalement à cette dénonciation et à cet appel.

Le 30-10-2017 à 08:26:46

Avatar Jean-Claude HERRENSCHMIDT

Il est quand même clair que l'espèce humaine ne mérite peut-être pas autant de respect qu'on veut bien nous le laisser croire. En particulier l'hypocrisie toujours renouvelée de ceux qui ont le pouvoir tendrait à en apporter une preuve flagrante, comme les délits qu'elle tend à réprimer. Laissons donc tous ces êtres s'affronter et précipiter leur disparition de notre belle planète.
Cette proposition ets-elle assez cynique pour notre Président Macron ?

Le 30-10-2017 à 10:11:57

Avatar annette Lapalus

1 million 2 de genades ? combien ça va  coûter à l'État ? combien ça va nous coûter ?
Voilà une belle économie à faire.
Les possibilités d'utilisation de cet argent économisé ne manquent pas
 

Le 30-10-2017 à 10:26:39

Avatar jacques Bonnet

L' impunité persistante , quasi automatique ,  des forces de " l' ordre " (!) a quelque chose d'insupportable , qui incite à la récidive et à l'irresponsabilité , bien sûr .
Mais il y a pire  : ce cynisme froid d'un gouvernement qui se sait mal élu et mal aimé et qui compense ce constat d'ordre politique ... en passant commande d'un immense stock
de grenades : geste qui annonce sans ambigüité sa détermination à faire passer ses "réformes" anticiviques - au seul profit des nantis - coûte que coûte ... en termes d' humanité ! Paul Ricoeur doit se retourner dans sa tombe , en voyant à l'oeuvre l' humanisme de son disciple !

Le 30-10-2017 à 10:29:24

Avatar REAUX

Nous naviguons un fois de plus entre légalité et légitimité ...avec un cran supplémentaire vers la violence policière généralisée, grâce à la GLI-F4, réputée mortelle de l'aveu même des forces de l'ordre françaises, comme il est, très justement souligné dans cette tribune du 12/09/2017. La fin de l'état d'urgence sera la dernière étape ... car les pleins pouvoirs seront entre les mains d'un seul état!!  : l'état policier.

Le 30-10-2017 à 10:57:13

Avatar Luc Lesquir


L’état, passé, présent, que je sache, n’est guère l’ami des peuples. Quand le notre use d 'arguments comme les grenades (fabriquées par de talentueux ouvriers français sans doute) pour imposer sa volonté, il ne fait que pousser à son terme ce qu’il obtient ordinairement par la manipulation et le mensonge et notre passivité. J'arrive désormais à un âge qui permet un retour sur l'évolution de la société dans laquelle je suis né. Crimes après crimes rien n'a arrêté l'industrialisation de nos vie hormis quelques aménagement à la marge. Et ce, malgré nos protestations, nos luttes et pour certains, trop peu nombreux hélas, le choix de simplicité de mode de vie. La grande majorité elle, en plus, élit ceux qui se leurrent eux même pour mieux tromper tout le monde. Cela fait peser une grande mélancolie sur mes pensées. Désolé d' entretenir un sentiment de défaite, mais je crois que c'est une défaite de notre civilisation toute entière.
 

Le 30-10-2017 à 11:08:38

Avatar sophie BISIERE

Ma fille s'est fait tabassée par la FNSEA qui voulait l'empêcher de rejoindre ses amis sur le site à Sivens, elle a réussi à leur échapper et s'en est remise.
Personnellement je suis toujours choquée et révoltée par les méthodes et la violence employées par l'Etat et ses alliés pour protéger le fric, allant jusqu'à blesser ou même tuer nos enfants conscients de la nature.
.Nous avons rendu plusieurs hommages à Rémi et ne cesserons de penser à lui, je partage entièrement la peine et la colère de sa famille,
coeurdialement
sophie

Le 30-10-2017 à 11:41:54

Avatar Dulmet Nicole

Tout le monde a le droit à la liberté d'expression, et à la présomption d'innocence ( ce qui n'est pas contradictoire avec le fait qu'il faille tenir compte du terrorisme ). Nous en démocratie.
Il est scandaleux qu'un manifestant ait été tué le dos tourné. Et même de face, cela aurait été inadmissible. D'autre part, Rémi Fraisse n'était sûrement pas un futur terroriste, mais peut-être bien un futur biologiste émérite ... .

Le 30-10-2017 à 12:25:18

Avatar Félix van Ditzhuijzen

Nous sommes sur une pente dangereuse d'ambiance guerrière dans un pays normalement réputé comme démocratique et de droit civil ...?
Le capitalisme d'état se renforce en espérant que les 90% des Français endormi devant leur Télé et autres possesion matériel se réveilleront tardivement.
lI faut du temps afin de faire valoir lois et réglementations diverses et variès permettant de faire regner une société comme bon leur semble, c'est à dire avec une seule souci, faire un maximum de bénéfice au profit de 2% sur le dos des 98% du reste du peuple.
Essayons de travailer pour les réveiller avant qu'il soit trop tard ......?????

Le 30-10-2017 à 13:42:14

Avatar Rodolphe ANDRÉ

Je souhaite m'associer à cet appel.
La violence entraîne la violence dans une spirale sans fin. Le maintien de l'ordre ne nécessite pas d'atteinte à l'intégrité physique.
Puisque les réserves de grenades se sont vidées, qu'elles le restent. 

Le 30-10-2017 à 15:53:36

Avatar Franck DELPEUX

Effectivement, on constate depuis plusieurs années, l'usage d'une violence disproportionnée par les forces de l'ordre dans la répression des contestations sociales. L'ambiance est délétère. Cet usage accru de la violence relève évidemment  d'une stratégie politique, quel que soit le gouvernement. On ne comprend pas notamment ces tirs tendus de flash-ball sur des cibles humaines inoffensives et pacifiques, l'emploi de grenades de désencerclement jetés au milieu de la foule sans aucun discernement, et on peut citer encore bien d'autres exemples déplorables. Cela révèle peut-être la fébrilité d'un Etat qui doute de plus en plus, par ses accès d'autoritarisme et de déni de démocratie, de ses capacités à répondre aux énormes défis auxquels nos sociétés sont aujourd'hui confrontés.

Le 30-10-2017 à 18:40:49

Avatar Franck DELPEUX

Tirs tendus de flash balls sur des cibles inoffensives et pacifiques, jets de grenades de désencerclement au milieu d'une foule sans aucun discernement, matraquage d'adolescents et de femmes à terre, passage à tabac de personnes tenues et menottées, hélas toutes les joyeusetés d'un Etat qui perd son sang froid, entre violences policières, passages législatifs en force, dénis de démocratie à tous les échelons de la vie publique, un Etat qui doute de ses réelles capacités à relever les énormes défis de nos sociétés. L'ambiance est franchement délétère!

Le 30-10-2017 à 18:52:53

Avatar Maguy Fauvel

Si le stock est épuisé  qu' il le reste .plus de violence! 

Le 31-10-2017 à 06:32:34

Avatar NOIREAU

Ce sont toutes les armes qu'il faut interdire.
Bien sûr en premier lieu leur usage contre des civils non armés, comme c'était le cas lors du meurtre de R.F.

Le 31-10-2017 à 10:15:16

Avatar Yannick PELLOT


Si j'ai bien suivi, personne n'est responsable de la mort de Rémi Fraisse; ni le gendarme qui a lancé la grenade mortelle (à la rigueur, il devait exécuter les ordres), ni son chef, ni le Préfet, ni même le Ministre de l'intérieur, un certain Monsieur Cazeneuve, vous savez, celui qui n'est pas responsable de la mort de ce jeune homme de vingt ans qui avait de salutaires convictions et pas de haine au coeur. Oui, ce monsieur qui prend des airs de pucelle éffarouchée en jouant sur les mots quand quelqu'un a le courage de pointer publiquement sa responsabilité en tant que ministre et qui pousse l'affront envers la famille de ce malheureux garçon jusqu'à vouloir porter plainte pour diffamation (pauvre chéri!). Ce monsieur qui veut bien avoir les avantages d'un ministre mais refuse les inconvénients de la responsabilité. J'imagine quand même que le gendarme jugé (quoi, lui seul? Aucun de ses supérieurs?) n'est pas allé de son propre chef chercher dans un débarras de l'arsenal des grenades pouvant tuer. Il a reçu des ordres de son chef qui a reçu des ordres de son chef à lui, qui a reçu des ordres du Prefet qui a reçu des ordres du Ministre de l'intérieur, vous savez, ce monsieur qui, en dernier ressort, est responsable...Mais bon, j'arrête, ça me dégoûte trop!
 

Le 01-11-2017 à 21:13:48

Avatar Alain LE DOUCE

Je signe parce qu'en cette période de restrictions budgétaires à tout va, on est en droit de se demander si le gouvernement ne marche pas sur la tête en achetant ce million de grenades qu'il est sensé savoir ne pas avoir le droit de s'en servir contre des manifestants / résistants / désobéissants civils pacifiques, parce que ces grenades sont trop dangereuses face à une défense de causes louables.
Alain LE DOUCE

Le 02-11-2017 à 10:10:28

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